De formation médicale, Laurent Abel se destinait à la rhumatologie. C’est durant son internat qu’il décide de réaliser un DEA spécialisé en statistiques et santé. Parmi les différentes matières enseignées, il s’intéresse particulièrement à la génétique épidémiologique. Ayant effectué mon stage de recherche au sein de l’Unité Inserm 155 à l’époque, dirigée par Josué Feingold, il travaillait sur la prédisposition à la Lèpre au sein d’une population antillaise. Ce fut une révélation. Laurent Abel décide alors de consacrer sa carrière à la recherche en génétique épidémiologique des maladies infectieuses.

« L’observation essentielle est que les individus ne sont pas égaux devant les agents infectieux » explique L.Abel, « cette variabilité passe par une réponse immunitaire plus ou moins efficace ». Hors, les molécules du système immunitaire sont en majorité des protéines telles que les anticorps, les récepteurs, les cytokines. « Les protéines étant codées par les gènes, on peut faire l’hypothèse que ces variabilités de réponse immunitaire peuvent être elles mêmes dépendantes de la variabilité génétique » ajoute-t-il.

L. Abel intègre donc, à la fin de son internat, le laboratoire de biostatistique de la Pitié Salpêtrière où il restera une dizaine d’années. Il développe des méthodes statistiques d’analyse, appliquées à différentes maladies infectieuses telles que la Lèpre,
la Bilharziose, le Paludisme et la Tuberculose. “À cette époque, il y avait beaucoup d’aspects théoriques mais peu de données au niveau génétique permettant d’explorer la variabilité du génome » explique L.Abel, « il devenait nécessaire de mieux comprendre les aspects moléculaires et biologiques de ces maladies ».

C’est à la fin des années 90 qu’il rencontre Jean-Laurent Casanova. Ce dernier travaille sur les aspects moléculaires de la réponse immunitaire et a décrit en 1996 les premières mutations dans le gène du récepteur de l’Interféron gamma (molécule clé du système immunitaire) à l’origine du syndrome de prédisposition aux infections mycobactériennes par des bactéries peu virulentes. « Il nous est apparu assez naturellement que nous nous complétions parfaitement et nous avons décidé d’unir nos compétences» poursuit L.Abel. L’opportunité leur est donnée à la fin des années 90, ils créent alors l’Unité Inserm 550 qu’ils codirigent.

Ce laboratoire, maintenant recréée en Unité 980 recherche donc les variations génétiques qui pourraient être à l’origine de pathologies rares et sévères telles que les infections disséminées par certaines bactéries et l’encéphalite herpétique mais également celles qui pourraient entrainer des maladies plus fréquentes comme la Lèpre, la Tuberculose pulmonaire et l’Hépatite C. “Notre objectif est de mieux comprendre les mécanismes qui régissent ces pathologies afin de mettre au point des thérapeutiques adaptées et d’optimiser le développement de nouvelles stratégies vaccinales” précise L. Abel.

Depuis de 2 ans, une seconde branche du laboratoire a été créée à l’Université Rockefeller de New York. «L’idée originale de ce laboratoire transatlantique est d’optimiser et d’améliorer notre recherche en combinant les forces complémentaires des deux sites » explique L. Abel qui supervise la partie parisienne de l’équipe. L’Unité 980 fait également partie de la Fondation Imagine qui regroupe plusieurs équipes de recherche travaillant autour des maladies génétiques.

 Copyright: V. Arnaud, Rencontres INSERM

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